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Passages dans le lettrisme

Gabriel Pomerand

Français.
1926 - 1972

« Vingt-quatre ans, un mètre 68, cheveux hirsutes, yeux noirs, poids 50 kg ; il fut successivement parasite, prisonnier, étudiant, résistant, écrivain, gigolo, puis époux. (…) Pomerand fut un des éléments surprenants du Tabou, du temps de ces beaux soirs. Il avait une façon bien personnelle de vociférer ses œuvres lettristes à la face du monde. »
Boris Vian, Manuel de St Germain-des-Prés, 1950.

Pomerand rencontre Isidore Isou en 1945 dans une cantine pour juifs déportés à Paris. Ils discutent ensemble de l'œuvre de Lautréamont puis se lancent dans la « folie lettriste ». Pomerand est donc le premier à participer à ses manifestations et fait tout son possible pour promouvoir le nouveau mouvement.

Son comportement excentrique et séducteur, son esprit bohême, ses récitals en font un personnage légendaire de Saint-Germain-des-Prés ; il sera d'ailleurs surnommé « l'archange Gabriel ». Isou le présente comme celui qui « a paré l'histoire du lettrisme de quelques-uns de ses plus beaux éclats, de quelques-uns de ses plus émouvants rayonnements ».

Dès les premières années du lettrisme, Pomerand organise avec Isou, des actions contre la « poésie de la résistance » et des scandales comme celui du Vieux Colombier destiné à interrompre La Fuite de Tzara et ainsi promouvoir la poésie alphabétique. Ses manifestations, lectures, récitations et conférences toujours provocatrices ont énormément contribués à la notoriété du lettrisme historique.

En 1946, il transforme la Librairie de la Porte Latine en « centrale lettriste », véritable laboratoire pour les expérimentations du groupe. Il récite régulièrement des poèmes phonétiques au Tabou à Saint-Germain-des-Prés.

L'œuvre poétique de Pomerand reste très mince et difficilement accessible car nombres de ses poèmes ont été perdus ou sont restés non publiés.

Pomerand compose la première symphonie lettriste intitulée Symphonie en K en 1946. En 1948, il publie Le Cri et son Archange puis Le Testament d'un acquitté en 1951.

Egalement peintre, il dessine et développe une peinture de lettres et de signes. Son style hypergraphique, au chromatisme subtil, développe un univers visuel composé d'idéogrammes humains, de monstres et de signes hébraïques. En 1950, il publie son célèbre Saint-Ghetto-des-Prêts, un roman de multi-écritures.

En 1951, sans réelle rupture, Pomerand s'éloigne progressivement du chemin de l'avant-garde. Il participera néanmoins aux grandes expositions du groupe lettriste jusqu'en 1964.

Après une longue maladie, Gabriel Pomerand met fin à ces jours en 1972.

« Dans l'histoire du lettrisme, j'ai ma place fixée à l'avance, cette place qui m'attend déjà depuis toujours, comme un tombeau »
Gabriel Pomerand, extrait de La Dictature Lettriste, 1946.
Portrait de Gabriel Pomerand

choix d'œuvres
de Gabriel Pomerand

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