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Passages dans le lettrisme

Isidore Isou

Français d'origine roumaine.
1925 - 2007

Isidore Isou est né le 29 janvier 1925 à Botosani en Roumanie.

Dès l'âge de 13 ans, sa formation intellectuelle très rigoureuse le conduit à lire les auteurs importants : Dostoïevski,  Karl Marx, Baudelaire et Proust.

Le 19 mars 1942, en lisant la phrase de Keyserling, "le poète dilate les vocables", il a la révélation de la poésie lettriste. En roumain "vocable" signifie "voyelle". Le poète de 17 ans a lu : le poète dilate les voyelles. Il théorise sa découverte dans le Manifeste de la poésie lettriste en même temps qu'il accumule des notes sur une méthode de création intégrale qui prendra plus tard le nom de Créatique.

Aller en France, publier à Paris ses découvertes, mobilise toute son énergie. Ses manuscrits dans une valise, il traverse l'Europe en guerre et arrive dans la Capitale après le Libération, le 23 août 1945. Il abandonne son nom de famille pour ne conserver que ses deux prénoms. Isidore Isou Goldstein devient Isidore Isou.

Commence l'amitié avec Gabriel Pomerand, qu'il avait rencontré dans une cantine pour juifs réfugiés, et qui allait devenir l'une des plus illustres figures du lettrisme. Pomerand, instruit des thèses d'Isou, forme avec lui, le premier noyau lettriste, probablement au mois de novembre 1945.

 Le 8 janvier 1946, le lettrisme sort de la clandestinité à Paris. Avec Pomerand, il organise la première manifestation lettriste à la salle des Sociétés Savantes dans le quartier de l'Odéon. Isou y lit ses premiers poèmes alphabétiques en public.

Pour faire publier ses premiers ouvrages, il fréquente le milieu littéraire parisien : Gide, Cocteau, Paulhan, Queneau.

Sa célèbre Introduction à une nouvelle poésie et à une nouvelle musique, contenant le Manifeste de la poésie lettriste, parait en 1947. La poésie lettriste se propage et scandalise la vie intellectuelle de l'après guerre à Saint-Germain-des-Prés. La lettre devient la particule commune à tous les arts : la poésie alphabétique, la musique avec la symphonie La Guerre (1947) où les lettres remplacent les notes, la peinture de la lettre et du signe. De plus, les lois constructives et destructives de l'amplique et du ciselant définissent la structure évolutive de tous les arts. Après l'esthétique, Isou veut s'attaquer au bouleversement de l'ensemble de la société.

En 1949, dans son Traité d'économie nucléaire. Le Soulèvement de la Jeunesse, il fonde un système économique dynamique visant à libérer les forces révolutionnaires de la jeunesse. La jeunesse externe, c'est-à-dire en marge de la sphère économique, se manifeste, soit par la créativité pure, canalisée dans les inventions et les découvertes culturelles, soit à l'inverse, par la créativité détournée engendrant les guerres et les révolutions. Pour réduire les désastres de la créativité détournée, Isou, prévoit un programme de Protégisme juventiste destiné à accélérer l'insertion des jeunes externes dans la sphère économique. Ces conceptions visionnaires annonçaient une partie des revendications dont se sont nourris les événements de 1968, à Paris et dans de nombreux pays.

1950 : Isou invente l'hypergraphie, un système d'écriture intégral qu'il applique à l'ensemble des arts : le roman avec Les Journaux des dieux (1950), la peinture avec Les Nombres (1952)…

Isou aborde aussi le cinéma avec Traité de Bave et d'Eternité (1951). Ce film annonce la destruction progressive des valeurs du cinéma : la disjonction du son et de l'image ainsi que la ciselure des photogrammes préfigurent la fin du film sur pellicule. Le film-débat (1952) renonce à la pellicule pour se concentrer uniquement sur le débat des spectateurs. Amos ou Introduction à la métagraphologie (1952) inaugure les films hypergraphiques.

Le principe de la discrépance est introduit dans le théâtre où il propose plusieurs pièces à impliques : La marche des jongleurs, Apologie d'un personnage unique (1942-1944) ou Quelques certitudes théologiques et esthétiques (1960).

1952 : Isou propose la Méca-esthétique intégrale qui révolutionne le secteur de la mécanique et de l'outillage de l'art et dévoilera, dès 1960, un ensemble de nouveaux supports susceptible de constituer la base d'inédites œuvres : mobile vivant, peinture parlante, télescripto-peinture, œuvre donniste, plastique a-optique ou rhétorique…

En 1956, Isou publie Introduction à l'esthétique imaginaire qui révèle un nouveau territoire formel : l'art infinitésimal ou imaginaire. Il remplace les particules concrètes par des signes virtuels qu'il applique à tous les secteurs de la création : poésie, arts plastiques, musique, cinéma… En 1959, il invente l'aphonisme ou l'art du silence poético-musical.

1960 : Invention du cadre supertemporel. Isou ouvre un support vierge illimité dans le temps à la participation des publics présents et à venir. Il s'agit d'un véritable « chèque en blanc » de l'artiste à son public, transcendant ainsi les œuvres uniques et finies des musées.

L'œuvre d'Isou est une des tentatives les plus radicales pour constituer un système de pensée intégral régit part la Créatique. Il n'aura donc de cesse d'élargir ses recherches à l'ensemble des branches du Savoir : architecture, psychologie, psychopathologie, chimie, physique, mathématiques, médecine, éthique, érotologie, technique, théologie…

En 1991, à 66 ans, Isou continue de créer et invente un art au-delà du concret et de l'imaginaire qu'il appelle Excoordisme.

En 2000, sa conférence à la Sorbonne, organisée dans le cadre de la « Cité de la Réussite » sur l'imagination dans les différents domaines du savoir, marque sa dernière apparition publique.

La Créatique ou à la Novatique (1941-1976), œuvre d'une vie, parait enfin en 2003.

Isidore Isou s'est éteint le samedi 28 juillet 2007 à son domicile parisien, à l'âge de 82 ans.

Portrait d'Isidore Isou

choix d'œuvres
d'Isidore Isou

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