Les créations du lettrisme.

Isidore Isou (né en 1925) s'est obstinément interrogé dès sa jeunesse sur les fondements de la création cherchant après les tentatives de Léonard de Vinci et Paul Valéry la théorie de la méthode de création universelle. Il a consigné ses recherches dans ce qui allait devenir l'ouvrage d'une vie, la Créatique (1941 - 1976), publiée récemment en janvier 2004. La Créatique prétend dévoiler les secrets de la création dans toutes les branches du savoir humain.
La création est la notion centrale de la pensée d'Isidore Isou. Le terme de création doit donc se comprendre d'un point de vue élargi puisqu'il s'applique à toutes les disciplines du savoir. « Il y a une cause première : le moteur de l'évolution sociale n'était pas l'instinct de survie, mais la volonté de créer ? par la volonté de création, l'artiste allait de la bave d'une existence inconsciente à l'éternité de l'histoire faite consciemment ? ».
C'est la poésie lettriste qui en 1945 inaugure l'ouverture du futur système de création intégrale. Isidore Isoudistingue deux périodes dans l'évolution de la poésie :
- la période amplique, phase de construction et d'amplification du poème, de Homère à Victor Hugo.
- la période ciselante, phase d'autodestruction du poème à vers au profit de la lettre, de Charles Baudelaire au lettrisme.
L'amplique et le ciselant matérialisent les deux processus organiques de vie et de mort d'une discipline. La lettre, à la fin de cette phase ciselante, devient l'unique particule en même temps que le dénominateur commun à d'autres branches esthétiques : de la poésie à la musique et des arts plastiques au roman.
Après l'épuisement annoncé des dernières avant-gardes du cycle ciselant, c'est-à-dire cubistes, abstraits, dadaïstes et surréalistes, Isirore Isou théorise et explore de nouvelles formes esthétiques : lettristes, hypergraphiques, infinitésimales, excoordistes. Chacune des formes inédites intériorise, dans le cours de son développement interne, les transformations amplique et ciselante, comme des principes créateurs.
Au-delà de la lettre et du mot « lettrisme », le mouvement développe une conception totalement nouvelle de la culture. Leur système va progressivement refonder l'ensemble des arts : poésie, musique, peinture, sculpture, arts du spectacle, cinéma, mais également : la philosophie, l'économie, les sciences, les techniques, la théologie. Ainsi, le lettrisme évoluera, non sans résonances mystiques, vers la création intégrale qui redéfinie même la création de Dieu.
E. Monsinjon